Texte des rubriques  Europe et Ambitions collectives

 

Placée au cœur du continent, la France occupe une position géopolitique tellement centrale qu’on ne peut imaginer l’Europe sans elle. À la fois maritime et continentale, elle fait aussi le lien entre les pays du Nord et ceux du Sud. Aussi Ligne droite considère-t-elle que notre nation est la mieux placée pour être le catalyseur du projet d’Europe puissance. Un projet qui doit même devenir l’une de ses grandes ambitions collectives.

La France en position stratégique

La France, qui est la seule dans l’Union à posséder l’arme nucléaire, se distingue depuis 1958 comme une nation plus attachée que d’autres aux principes de puissance et de souveraineté, notamment par sa volonté récurrente d’indépendance vis-à-vis des États-Unis. Et, si cette posture gaullienne s’est beaucoup estompée au cours des derniers quinquennats, notre nation pourrait facilement renouer avec cette tradition et la projeter au niveau européen. La France gouvernée par une équipe issue de la droite nouvelle pourrait donc incarner avec force le projet d’Europe puissance et entreprendre de le mener à bien. Dans ce but, une stratégie en plusieurs étapes devrait être mise en œuvre dans la durée.

Porter le projet d’Europe puissance

D’abord, la France devrait porter le projet, ses dirigeants devraient le promouvoir, l’expliquer, le défendre et le brandir. Aujourd’hui, l’Europe puissance n’est pas une option puisque personne ne la propose et que tout se passe comme s’il n’y avait qu’une alternative : soutenir l’Europe de Bruxelles ou sortir de l’Union. Aussi un grand pas serait-il franchi si un pays de premier plan comme la France montrait qu’il existe un autre projet et exprimait sa volonté de le réaliser.

Nouer des alliances

Ensuite, notre pays devrait nouer des alliances avec d’autres États membres susceptibles d’appuyer sa démarche de rénovation de l’Union. Au vu du caractère identitaire du projet, on peut penser que plusieurs pays du Centre et de l’Est de l’Europe, très attachés à la défense de leur identité, pourraient rejoindre la France et constituer avec elle un bloc d’États déterminés à peser de tout leur poids au sein de l’Union pour obtenir sa refondation.

Faire rêver les peuples

Contournant les gouvernements réticents, la France et ses alliés pourraient alors lancer de vastes campagnes d’opinion pour faire connaître leur projet aux peuples européens. Gageons qu’ils leur feraient un bon accueil car si plusieurs chefs d’État et de gouvernement leur proposaient de renouer avec leur identité collective, de retrouver la fierté de ce qu’ils sont, de connaître à nouveau les effets bénéfiques de la puissance et de reprendre ainsi le fil de leur histoire, ils ne resteraient pas indifférents. On peut même penser que c’est un tel projet que les peuples européens attendent secrètement pour sentir à nouveau le souffle de leur génie propre.

Créer un rapport de force

Dès lors, soutenus par une partie de l’opinion européenne, la France et ses alliés pourraient se trouver en position de force face aux États restés réticents. Car l’Europe bruxelloise ne fonctionnant pas de façon satisfaisante et se trouvant rejetée par une large fraction des Européens, sa refondation ne pourrait tôt ou tard qu’apparaître incontournable. Aussi, le moment venu, il n’existerait comme projet crédible que celui de l’Europe puissance soutenu par un nombre croissant d’États membres.

Refonder l’Union

Arrivé à ce stade, notre pays aurait à engager une épreuve de force. Arguant que l’Europe ne peut plus continuer de fonctionner sur les bases actuelles, il pourrait décider de bloquer la machine bruxelloise jusqu’à l’ouverture d’un processus de révision des traités. Portée par la dynamique ainsi créée, la France pourrait obtenir l’ouverture de négociations, lesquelles devraient alors conduire à la refondation de l’Union européenne selon les principes de l’Europe puissance. Un processus que le retrait du Royaume-Uni et l’affaiblissement des États-Unis pourraient de surcroît faciliter.

La voie d’un renouveau

Un tel scénario est bien sûr hypothétique et incertain. Il a cependant la vertu de montrer qu’avec du temps et de la détermination, il existe bien une voie qui rend cette refondation possible. Une voie qui implique que les dirigeants français aient de leur côté renoué avec l’art de la politique et compris que, pour faire aboutir un projet de cette ampleur, il faut utiliser toutes les armes de la grande politique : user du verbe pour expliquer et convaincre, jouer de la diplomatie pour unir et rassembler, toucher les peuples pour les faire rêver et obtenir leur soutien, transgresser les règles pour les affaiblir et les changer, engager le rapport de force pour vaincre et s’imposer.

Ligne droite estime qu’avec de la conviction, de l’audace et de la détermination, la France pourrait donc être le catalyseur de la transformation de l’Europe. Elle pourrait ainsi porter une grande ambition collective qui transformerait la façon dont les Français appréhendent leur nation et se projettent dans l’avenir. Le retour d’une grande perspective collective rétablirait un fort sentiment d’appartenance et de fierté, il engendrerait la confiance et l’espoir pour l’avenir, il susciterait la mobilisation des énergies et des initiatives. Bref, il créerait le renouveau.

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