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L’euro, qui est un instrument de stabilité monétaire des économies européennes, fait paradoxalement l’objet de débats tumultueux depuis sa création par le traité de Maastricht en 1992. En 2017 encore, lors de l’élection présidentielle, certains candidats ont fait campagne pour le retour au franc. Ligne droite estime pour sa part qu’il faut conserver l’euro mais en changer radicalement la gestion afin d’en faire un instrument de la puissance européenne, susceptible de servir les économies du vieux continent comme le dollar sert l’économie américaine.

L’euro ne s’imposait pas au moment de sa création

Les débats sur l’euro ne sont cependant pas illégitimes, car, même au moment où le principe d’une monnaie unique a été décidé, l’euro n’allait pas de soi et avait suscité de légitimes interrogations. Car le fait de créer une monnaie unique sur une zone non économiquement homogène pouvait être la cause de difficultés à venir. Lorsque des distorsions surviennent entre deux économies monétairement indépendantes, les ajustements peuvent en effet se réaliser par une variation des taux de change. Mais si les économies en question possèdent la même monnaie, les ajustements ne peuvent alors s’effectuer que par l’inflation ou le chômage. Et c’est sans aucun doute un tel processus qui s’est développé notamment entre la France et l’Allemagne, conduisant certains à considérer que l’euro a joué un rôle néfaste.

Mais abandonner l’euro aujourd’hui serait une grave erreur

Faut-il pour autant abandonner l’euro plus de quinze ans après sa mise en circulation et revenir au franc ? La question mérite d’être examinée, à condition de poser le problème tel qu’il se présente.  Car, même si l’on admet que la création de l’euro a été en son temps une erreur économique, cela n’implique nullement que l’abandon de la monnaie unique aujourd’hui, dans un contexte économique, politique et géopolitique très différent, ne serait pas une autre erreur. Ligne droite considère pour sa part que ceux qui opteraient pour un tel retour en arrière commettraient en effet, dans les circonstances actuelles, une faute lourde de conséquences.

Le retour au franc provoquerait une tourmente économique

Du strict point de vue français, ce retour au franc fragiliserait considérablement l’économie de notre pays. Un tel bouleversement ne pourrait en effet intervenir qu’à l’occasion d’un changement politique d’envergure mettant en cause le processus de mondialisation. Gageons alors que les acteurs politiques, économiques et financiers du cartel de Davos mettraient tout en œuvre pour défendre le processus de globalisation et donc pour mettre en difficulté ceux qui le contesteraient. Ils utiliseraient pour ce faire tous les moyens à leur disposition pour déstabiliser l’économie française et pourraient d’autant plus facilement y parvenir que notre pays, lourdement endetté et dès lors doté d’une monnaie fragile, serait en situation de grande faiblesse. Le retour au franc pourrait alors conduire à une tempête monétaire tragique pour la France et les Français. L’État, prisonnier de sa dette et de ses créanciers, pourrait être acculé à faire tourner la planche à billets tout en augmentant les impôts, provoquant inflation, baisse du pouvoir d’achat, stagnation et chômage. Une perspective funeste que nos compatriotes ont confusément pressentie en refusant la sortie de l’euro.

Le démantèlement de l’euro ruinerait tout projet de refondation de l’Europe

Sur le plan européen, le démantèlement de l’euro ruinerait par ailleurs toute possibilité de refonder l’Union pour placer l’Europe en situation de faire face au choc des civilisations. En effet, la monnaie n’a pas seulement une dimension financière et économique, elle joue aussi un rôle psychologique majeur de ciment identitaire et de garant d’une unité politique. Or, dans le monde multipolaire qui est le nôtre aujourd’hui, il est essentiel, comme l’affirme par ailleurs Ligne droite, que l’Europe s’érige en un pôle de puissance pour retrouver sa souveraineté collective, pour assurer son indépendance et la défense de ses intérêts fondamentaux. Et, même s’il n’a pas été conçu à l’origine dans cet esprit, l’euro doit devenir une composante essentielle de ce grand projet d’Europe confédérale porté par la droite nouvelle.

Il faut conserver l’euro mais changer le statut et les missions de la BCE

Aussi Ligne droite estime-t-elle que la France ne doit pas sortir de l’euro mais qu’en revanche elle doit œuvrer pour en modifier radicalement la gestion. L’euro doit cesser d’être utilisé au service de la mondialisation du continent pour devenir un instrument de la puissance économique européenne et de son indépendance stratégique.
Géré actuellement par des instances qui s’inscrivent dans la logique de Bruxelles, l’euro ne sert pas les économies européennes au mieux de leurs intérêts. Pour que la monnaie européenne serve la puissance et la prospérité des économies européennes, il faut changer le statut de l’autorité monétaire de l’euro ainsi que les missions qui lui sont assignées. La Banque centrale européenne doit dans cette perspective être placée sous l’autorité politique du Sénat des États, l’exécutif de la confédération que Ligne droite appelle de ses vœux.

Il faut une politique monétaire qui serve la puissance européenne

Quant aux buts de gestion de la monnaie unique, ils doivent s’articuler autour de quelques grands principes.
D’abord, la BCE ne doit plus avoir comme priorité la lutte contre l’inflation mais la croissance et l’emploi des économies européennes.
Dans cet esprit, le taux de change de l’euro doit être abaissé pour servir les exportations européennes. L’euro fort voulu par l’Allemagne est néfaste pour l’Europe. Dans la compétition internationale, les grands ensembles économiques jouent leur monnaie à la baisse. C’est le cas du yuan largement sous-évalué, mais aussi du dollar. L’Europe ne doit pas se laisser pénaliser par des taux de change désavantageux pour ses économies.
Il est par ailleurs anormal que l’euro ne soit pas davantage une monnaie de change et de réserve internationale. Une action volontariste doit donc être engagée pour que la devise européenne serve davantage les intérêts européens aussi bien dans les échanges commerciaux que dans la constitution de réserves en devises. L’Europe doit pouvoir vendre ses Airbus et acheter son pétrole en euros.
Enfin, la BCE doit, comme toute banque centrale nationale, pouvoir garantir les dettes des États et, au besoin les racheter, de façon à assurer dans tous les cas la stabilité monétaire et politique des États membres.

Il faut faire converger les économies européennes pour supprimer les distorsions actuelles

Ajoutons que cette transformation de la gestion de l’euro doit aller de pair avec une convergence des économies européennes. Il est clair par exemple que, pour assurer une concurrence équitable entre les entreprises allemandes et françaises, les charges pesant sur les entreprises tricolores doivent être ramenées au niveau de celles d’outre-Rhin, lesquelles pourraient par ailleurs subir une augmentation. En outre, un minimum de solidarité doit s’instaurer entre les pays membres de la confédération comme il en existe à l’intérieur de l’État français entre les différents départements.
C’est cette convergence qui permettra de gommer progressivement les distorsions qui existent encore actuellement entre les pays de l’Union. Si les chefs d’entreprise français se retrouvent à armes égales avec leurs collègues germaniques, ils seront en effet capables de réussir aussi bien qu’eux. Si par ailleurs le niveau de vie s’élève dans les pays de l’est de l’Union pour rejoindre celui qui prévaut à l’ouest, le problème soulevé par les délocalisations internes à l’Europe et ceux provoqués par exemple par les travailleurs détachés disparaîtront d’eux-mêmes.

En gérant en quelque sorte l’euro comme les partisans du retour au franc voudraient gérer le franc, la devise européenne redeviendra un instrument offensif de la prospérité et de la puissance économique de l’Europe.

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