Texte de la rubrique État du pays

 

Notre identité nationale et civilisationnelle n’est pas seulement menacée par le flux migratoire et le processus d’islamisation qui en résulte. Elle est également gravement compromise par l’idéologie dite progressiste du Système. Celle-ci se manifeste d’abord par une entreprise de déconstruction, qui prétend libérer l’homme des normes traditionnelles et qui pour ce faire cherche à les détruire. Mais elle passe aussi par un relativisme militant qui considère que tout se vaut, et qui, à ce titre, délégitime systématiquement toutes nos valeurs. Il en résulte un nihilisme destructeur qui sape les fondements culturels de notre civilisation.

Le libre questionnement, une valeur européenne dévoyée

La capacité de remettre en cause les vérités établies est pourtant une caractéristique propre à l’Europe. Dans notre civilisation, la vérité résulte de ce qui se démontre et donc de la libre analyse des faits comme de la libre confrontation des opinions. Elle ne peut être un dogme intangible, gravé dans le marbre une fois pour toute. De même que l’homme européen se sent toujours libre et responsable face à son destin, à la différence de l’homme oriental qui le ressent plus comme une fatalité.

Cette particularité européenne explique l’extraordinaire développement scientifique mais aussi économique, social et politique de notre civilisation. Cependant, poussée à l’excès, cette aptitude au questionnement peut devenir un levier d’auto-destruction quand la remise en cause devient une fin en soi.

Le déconstructivisme détruit les normes sous prétexte de libération

Sous prétexte de « libération », la révolution culturelle des années soixante a ainsi conduit à la remise en cause de toute hiérarchie et donc de toute norme. Le slogan « il est interdit d’interdire » appelait en réalité à déconstruire toute règle autre que celle de l’égoïsme individuel, érigé dès lors en référence absolue (« jouissons sans contrainte »). Car il n’y a de valeur que respectée. Accepter sa violation mène, non pas à la « tolérance » ou au « refus de l’exclusion » comme le prétendent les soixante-huitards, mais à sa destruction. Tant il est vrai que chaque valeur repose sur une logique d’inclusion/exclusion, c’est-à-dire sur une opposition entre ceux qui la reconnaissent et ceux qui la transgressent.

L’idéologie de la déconstruction s’est également développée à cette époque sous l’influence de certains universitaires d’obédience marxiste. Deleuze, Foucault et Derrida notamment prétendaient en effet que les normes morales, les traditions culturelles mais aussi le langage, véhiculaient des rapports de classe de nature capitaliste. Pour « libérer l’homme de l’exploitation », il fallait donc détruire la légitimité de ces traditions et de ces normes culturelles. Ce qui était évidemment plus facile que de mettre fin au capitalisme ! Les féministes ont depuis repris ce type d’analyse pour réclamer par exemple « l’écriture inclusive », afin d’abolir, sans crainte du ridicule, la domination lexicale du masculin.

Le relativisme efface les repères en affirmant que tout vaut tout

Par ailleurs, l’idéologie « antiraciste », qui prétend être une expression accomplie de l’humanisme, a conduit de son côté à un relativisme particulièrement destructeur. Cette idéologie a en effet tourné le dos au relativisme différentialiste auquel adhéraient à juste titre nos ancêtres, consistant à assumer la diversité des cultures humaines et donc des échelles de valeurs qui en découlent : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà », écrivait ainsi Blaise Pascal.

Elle a au contraire institué un relativisme nihiliste consistant à affirmer que toutes les cultures se valent et que finalement tout vaut tout : le tam-tam a la même « valeur » que l’orchestre symphonique ; un jet de peinture sur une toile est de même nature artistique que la Joconde ; les graffitis sur les murs sont de « l’art urbain », les homosexuels ont le droit de se marier comme les autres couples. Prétendre le contraire serait une attitude « raciste » ou « suprémaciste » ! Ce type de relativisme cultive le nihilisme car il banalise toutes les valeurs et obscurcit la distinction entre le bien et le mal, entre le vrai et le faux, entre le beau et le laid.

Le progressisme de la Nouvelle Gauche détruit nos valeurs

Or, l’idéologie de la Nouvelle Gauche qualifiée par elle-même de progressisme est un condensé de relativisme nihiliste et de déconstructivisme. Car ce qu’elle nomme « modernisation », ou « réforme sociétale » vise en fait à mettre à bas toutes nos valeurs de civilisation, à commencer par nos racines chrétiennes et tout ce qui fait notre identité nationale et européenne. Elle en vient en effet à faire la chasse à toutes les différences. Il ne doit plus y en avoir entre les hommes et les femmes, les nationaux et les étrangers, les homosexuels et les hétérosexuels par exemple. Elle ne cherche plus à construire la société sans classe, mais la société sans différences.

La Nouvelle Gauche a en effet repris à son compte la vieille idéologie de la tabula rasa que préconisaient les théoriciens des Lumières. Une table rase sur laquelle elle croit pouvoir créer un homme nouveau, délié de toute appartenance et de toute spécificité même naturelle comme le sexe ou l’ethnie.

Il est vrai que cette destruction sert aussi son projet totalitaire de soumission de l’humanité. La déconstruction sociétale que pratique la Nouvelle Gauche produit le même résultat que le lavage de cerveau. Un homme privé du cadre protecteur de sa culture devient en effet une monade, un atome social corvéable et manipulable à volonté. Une situation dont profite le néo-capitalisme pour mettre l’homme en servitude économique.

Notre civilisation est menacée

Ce nihilisme conduit à la destruction de notre société et de notre civilisation. Au-delà de la lobotomie culturelle qu’il impose à chacun, ce relativisme provoque en effet la haine de soi et la violence de tous contre tous. Ce n’est pas un hasard si, dans les sociétés occidentales, la progression de l’insécurité et de la violence comme l’abandon de la décence commune sont allés de pair avec la diffusion de l’idéologie de la déconstruction et de la « libération » individuelle. Privé du soutien des normes culturelles, l’homme ne devient pas seulement une monade, il devient aussi un loup pour l’homme, livré au chaos de ses instincts.

Le pire est que cette déconstruction sociétale à laquelle se livre la Nouvelle Gauche ne s’applique qu’à notre civilisation. Ceux-là même qui n’ont de cesse de déconstruire notre identité et nos valeurs exigent au contraire, au nom du « multiculturalisme » et du « vivre ensemble », le respect obligatoire des mœurs, de la religion et des traditions des étrangers qui s’installent dans notre pays.

Cette entreprise de déconstruction est donc bien un acte de guerre contre notre seule civilisation. Elle trouve sa place dans le choc des civilisations qui marque ce début du XXIe siècle, avec cette particularité que les déconstructeurs sont en l’occurrence issus de notre propre civilisation et qu’ils agissent donc en traîtres à leur camp.

Crédit photo: Subberculture via Flickr cc