Texte de la rubrique Stratégie

 

Dans sa stratégie de conquête du pouvoir, la droite nouvelle doit accepter le principe d’accords politiques lui permettant de battre la Nouvelle Gauche et de se constituer une majorité pour réaliser son projet. Ligne droite considère en conséquence que la droite nouvelle doit proposer pragmatiquement l’un ou l’autre des différents types d’accord politique possibles en utilisant chaque fois la formule la mieux adaptée aux circonstances.

Des accords sont souvent nécessaires pour arriver au pouvoir et gouverner le pays

Si la droite nouvelle veut demain gouverner la France, elle doit en effet rassembler au plus large et, dans cette perspective, se déclarer ouverte à des alliances. Il est de fait assez rare qu’une formation parvienne seule au pouvoir. Arithmétiquement, la droite “républicaine” aurait pu être majoritaire beaucoup plus souvent si elle avait accepté des accords électoraux avec le FN. Lequel de son côté ne peut pas raisonnablement espérer un jour assumer des responsabilités gouvernementales sans un accord avec la droite “républicaine”. Refuser le principe d’accords électoraux à droite, c’est donc renoncer à l’exercice du pouvoir.

Encore faut-il préciser de quels accords il est question, car de façon théorique, on peut en effet distinguer trois niveaux d’accord politique.

Les accords déclaratoires ou symboliques peuvent être bénéfiques

Le premier, à caractère symbolique, consiste à annoncer que l’on serait prêt à des accords et, le cas échéant, à agir unilatéralement. Sans même concrétiser quoi que ce soit, une telle déclaration constitue néanmoins un acte politique fort, aussi fort que le sont a contrario les déclarations des dirigeants de LR lorsqu’ils proclament qu’ils ne s’allieront jamais avec le Front national.

Les accords purement symboliques peuvent pourtant être bénéfiques pour ceux qui les pratiquent. Lorsque le FN a unilatéralement joué le jeu d’alliances locales avec la droite “républicaine” à l’occasion des élections régionales de 1998, il a recentré la vie politique autour de lui et démontré sa bonne volonté et son sens des responsabilités auprès des électeurs hostiles à la gauche.

Si, de son côté, la droite “républicaine” avait accepté le principe de tels accords, elle aurait obtenu la sympathie de l’électorat FN et en aurait à coup sûr retiré des fruits en termes de voix au second tour des élections suivantes. Elle aurait de surcroît entamé un processus de dédiabolisation du FN qui aurait pu conduire à une certaine normalisation de ce dernier, mettant ainsi fin à la fragmentation de la droite qui a tant servi la gauche.

Aussi, l’un des axes stratégiques de la droite nouvelle devrait-il consister selon Ligne droite à se déclarer favorable au principe d’accords avec les autres composantes de la droite.

Les accords électoraux peuvent faire battre l’adversaire principal

Le deuxième niveau d’accord politique possible est celui des accords électoraux. Il s’agit, lors du scrutin de second tour, de conclure par exemple un accord de désistement réciproque en faveur du candidat le mieux placé ou de lancer un appel à voter pour celui qui reste en lice face à l’adversaire commun. Car ce type d’accord repose évidemment sur la désignation d’un même ennemi. Il prend donc tout son sens dans le cas d’un affrontement droite gauche qui devrait naturellement conduire les droites à s’entendre pour faire barrage à la gauche. Or, si cet antagonisme droite gauche a paru s’estomper, si certains ont cherché à abuser les Français en leur faisant croire qu’il avait disparu, force est de constater qu’entre la Nouvelle Gauche et la droite nouvelle, il existe un antagonisme fondamental portant sur la question de l’identité, des valeurs et de l’ultralibéralisme. Aussi, dans ce contexte, les accords électoraux sont-ils logiques et Ligne droite estime-t-elle que la droite nouvelle devra en accepter le principe.

Les accords de gouvernement seulement sous condition

Reste le troisième niveau des accords politiques, celui de l’accord de gouvernement. Dans ce cas, il s’agit non seulement de s’entendre lors des élections, mais de s’accorder sur un projet. Telle avait été la démarche de François Mitterrand qui, en passant un accord gouvernemental avec le parti communiste, s’était ouvert la voie du pouvoir. La droite nouvelle doit-elle s’engager dans une démarche comparable ? Il est bien sûr impossible de répondre à cette question sans connaître la configuration dans laquelle elle pourrait se trouver. En revanche, il est clair qu’un tel accord n’est possible que sous deux conditions impératives. Il importe d’abord que la droite nouvelle se trouve en position de force par rapport à son éventuel partenaire, de façon que le leadership soit incontestable. Ensuite, cet accord doit se faire autour du projet de la droite nouvelle, faute de quoi il ne présenterait plus aucun intérêt.

Dans sa stratégie de conquête du pouvoir, la droite nouvelle doit donc, selon Ligne droite, afficher le principe d’accords pour battre la Nouvelle Gauche et s’assurer une majorité. Elle doit cependant s’engager dans les différentes étapes de tels accords en donnant à tout moment la priorité à la réalisation de son projet.

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