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Pour devenir un pôle de puissance indépendant et souverain, l’Europe doit se doter d’un instrument militaire autonome. Ligne droite propose donc que les nations membres de l’Union sortent de l’Otan et nouent entre elles une alliance militaire européenne.

L’Otan, instrument de la suprématie américaine

Depuis l’effondrement du bloc soviétique et la disparition du pacte de Varsovie, le maintien et même l’élargissement de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord n’a plus pour seule fonction que d’asseoir la tutelle américaine sur le vieux continent. Pourtant, l’Union européenne dispose d’un PIB équivalent à celui des États-Unis et d’une population de plus de 500 millions d’âmes, nettement supérieure aux 320 millions d’Américains. Comment se fait-il dès lors qu’elle ne soit pas capable d’entretenir en toute indépendance des forces militaires dignes de ce nom ?

L’absence de défense, faiblesse congénitale de l’Europe

En tout cas, c’est la propension de ses dirigeants à s’en remettre aux États-Unis pour leur défense qui a entraîné la faiblesse congénitale de l’Union et l’incapacité maladive de l’Europe à s’ériger en une puissance forte et indépendante. Déjà au début des années cinquante, le projet d’une Communauté européenne de défense (CED), qui impliquait une intégration très poussée des forces nationales, avait prévu de placer l’armée européenne ainsi imaginée sous les ordres du commandant en chef des forces de l’Otan en Europe, c’est-à-dire sous la houlette de Washington. Heureusement, ce projet a avorté, mais on y trouvait déjà la propension des eurocrates bruxellois à intégrer l’Europe pour la soumettre aux Américains.

La sortie de l’Otan et la création d’une alliance militaire européenne

Ligne droite préconise aujourd’hui de suivre une voie radicalement inverse. Elle ne propose en aucun cas de créer une armée européenne intégrée mais de mettre en place entre les nations européennes une organisation comparable techniquement à celle qui existe aujourd’hui entre les États du traité de l’Atlantique nord. Il s’agit donc en quelque sorte de créer une nouvelle Otan, mais sans les Américains et sans les pays non européens comme la Turquie. Cette alliance aurait pour objet de coordonner les forces, d’optimiser les procédures, de standardiser les armements et d’engager, le cas échéant, des opérations intégrées. Elle devrait en outre organiser l’industrie européenne de l’armement pour que les forces armées du continent puissent être dotées dans tous les domaines d’armes et d’équipements européens. Cette alliance devrait pouvoir être mise sur pied sans grandes difficultés techniques car il ne s’agirait pas d’une construction ex nihilo. Il y a, au sein de l’Otan, des méthodes de travail, des procédures, des schémas de pensée assez complexes au demeurant, avec lesquels les états-majors se sont familiarisés en un peu plus d’un demi-siècle. Aussi, l’alliance à venir devra-t-elle partir de cet acquis tout en l’adaptant aux impératifs européens. C’est ainsi par exemple que les conceptions tactiques de l’Otan, calquées sur celles des Américains, et donc très dispendieuses en matériel, devront être revues à la lumière des enjeux et des moyens du continent. Mais, passée la phase de mise en place, l’Union pourrait disposer, avec cette organisation nouvelle, d’un outil militaire efficace et dévoué.

Des budgets militaires à augmenter

Forte de cette alliance, l’Europe retrouverait non seulement son indépendance et sa puissance collective, mais changerait de nature en devenant une réalité politique et plus seulement économique. Encore faudrait-il que cette opération ne reste pas institutionnelle et symbolique et qu’elle puisse doter l’Europe d’une force crédible qui pèse et qui impressionne. Pour cela, il est indispensable que tous les États augmentent significativement leur budget militaire de façon que l’Alliance ainsi formée atteigne un potentiel qui la place à parité avec les armées des grandes puissances du monde multipolaire.

L’indépendance et la souveraineté par la puissance des armées

Il n’y a pas d’indépendance ni de souveraineté sans force armée. Pour exister dans le monde multipolaire d’aujourd’hui, pour faire face au choc des civilisations, l’Europe doit acquérir la puissance militaire.

Crédit photo :  Pascal Subtil via Flickr cc