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L’Otan, issu du Traité de l’Atlantique Nord signé en 1949, a assuré la protection de l’Europe pendant toute la période de la guerre froide. Mais, alors que l’URSS a disparu il y a plus de vingt-sept ans, l’Otan n’est plus qu’un instrument de la domination américaine sur les États européens. Elle ne sert plus la sécurité du vieux continent et finit même paradoxalement par la menacer. Aussi Ligne droite estime-t-elle l’heure venue de bâtir l’Europe de la défense et de créer une alliance militaire européenne indépendante et puissante, seul moyen d’assurer la sécurité à venir des nations d’Europe.

Une nouvelle donne stratégique

L’Otan et surtout le parapluie nucléaire américain ont en effet contribué à contenir les ambitions soviétiques sur le continent européen pendant plusieurs décennies car l’engagement militaire des États-Unis en cas d’agression contre l’Europe apparaissait alors comme une certitude absolue.
Mais de nos jours il n’en va plus de même car, avec la disparition de la menace soviétique, la donne géostratégique a complètement changé. L’Asie s’affirme en effet de plus en plus comme un nouveau centre de puissance susceptible de concurrencer le leadership américain. Quant à l’Europe, elle se trouve confrontée à d’autres menaces, notamment en provenance du Sud.
Outil militaire destiné avant tout à affronter le Pacte de Varsovie en Centre-Europe, selon les méthodes de planification américaines particulièrement dispendieuses, l’Otan ne semble donc plus adaptée au nouveau contexte géostratégique et sa crédibilité dans l’opinion européenne est désormais très faible.

L’Europe sans défense

La certitude de la protection militaire américaine n’est en effet plus acquise. D’abord, elle n’est pas techniquement établie puisque le traité d’alliance repose sur le principe de l’accord préalable des États avant toute assistance et intervention militaire.
Par ailleurs, les États-Unis font désormais le reproche aux Européens de ne pas contribuer suffisamment au financement de leur défense, laissant ainsi planer le doute sur le maintien de leur engagement à leur côté. Il est vrai que ce reproche n’est pas totalement infondé, même s’il est paradoxal, puisque l’Otan a empêché dans les faits la création d’un outil de défense propre à l’Europe.
Enfin, la crise nord-coréenne vient de démontrer que, dans cette partie du monde, le parapluie militaire américain ne va plus de soi face à une autre puissance nucléaire, même réduite à la petite Corée du Nord. Une démonstration qui inquiète les Japonais mais aussi certains Européens. D’autant que la supériorité américaine dans le domaine militaire n’est plus incontestable, notamment face à certains pays émergents technologiquement très avancés.
Cette situation a conduit la chancelière allemande à déclarer le 10 mai 2018, devant un Emmanuel Macron aphone, « le temps où l’on pouvait tout simplement compter sur les États-Unis pour nous protéger est révolu » : une déclaration significative de la part d’une Allemagne jusqu’à présent très atlantiste.

L’Otan verrouillée par les Américains

Si l’Otan est donc devenue inutile, elle reste cependant solidement tenue par les Américains. Car, bien que déplorant officiellement le faible niveau de dépenses militaires des Européens, les États-Unis ne renoncent nullement à diriger l’Otan.
Cette dernière leur sert en effet d’outil pour contourner les organisations internationales de plus en plus hostiles à l’unilatéralisme américain. Ainsi la calamiteuse guerre contre la Serbie a-t-elle été conduite au nom de l’Otan en l’absence d’un mandat de l’ONU. Les États-Unis continuent en outre, malgré la disparition de l’URSS, à mener une stratégie d’encerclement et de refoulement de la Russie et utilisent l’Otan pour orchestrer cette dangereuse politique.

Ce verrouillage américain de l’Otan est par ailleurs facilité par l’attitude de certains États issus de l’ancien Pacte de Varsovie pour qui l’Otan demeure une garantie face à leur grand voisin russe. De même, les états-majors des différentes armées restent attachés aux standards imposés depuis maintenant plus de soixante ans par l’Otan et rechignent à s’en abstraire. Une situation qui favorise le conformisme et la sclérose de la pensée militaire et stratégique en Europe.
Ce contrôle des États-Unis sur l’Organisation est tel que rien n’y est prévu pour prendre en compte les intérêts européens. Ainsi par exemple, les textes régissant l’Otan ne prévoient rien pour parer aux nouvelles menaces auxquelles l’Europe se trouve de plus en plus confrontée : ils se révèlent notamment inopérants face au terrorisme islamiste ou aux migrations incontrôlées de populations.

Le moment opportun pour l’Europe de la défense

La situation présente apparaît donc dangereuse pour la sécurité et la souveraineté de la France et de l’Europe. Aussi est-il urgent de passer outre aux réticences américaines pour créer comme le propose Ligne droite une alliance militaire européenne autonome. On ne peut pas en effet prétendre faire l’Europe tout en laissant sa défense, pourtant essentielle à sa souveraineté, dans les mains d’une organisation dirigée par les États-Unis, c’est-à-dire au bon vouloir d’une puissance non européenne dont les intérêts ne sont pas convergents avec les nôtres.

Pendant longtemps la France est restée isolée lorsqu’elle préconisait la constitution d’une Europe de la défense. Mais aujourd’hui, alors que la Grande-Bretagne s’éloigne de l’Union européenne et que nombre de nos partenaires du continent comprennent enfin que la donne stratégique mondiale a changé, le moment est venu de concrétiser cette grande idée. Car, sans défense propre, l’Europe ne pourra jamais devenir un pôle de puissance ni même assurer durablement sa simple sécurité.

Pour une alliance militaire européenne indépendante et souveraine

Ligne droite propose donc que la France, qui est la seule puissance européenne dotée de l’arme nucléaire, prenne l’initiative de lancer le projet d’une défense européenne propre. Il s’agirait de développer les coopérations industrielles entre les États européens afin de créer une industrie de défense européenne compétitive, capable d’équiper entièrement les armées européennes. Le cadre institutionnel existe déjà avec l’OCCAR (Organisation conjointe de coopération en matière d’armement) : il ne reste qu’à lui donner corps. Au-delà, il faut jeter les bases d’une nouvelle alliance militaire entre Européens appelée à se substituer à l’Otan, en conservant ce qu’il y a de bon dans l’organisation actuelle, en particulier l’habitude du travail en commun et une relative standardisation.

Cette alliance militaire européenne permettra à l’Europe de se libérer de la tutelle nord-américaine sans renoncer pour autant au principe d’un accord avec les États-Unis. L’Europe ayant recouvré sa puissance et sa souveraineté collective devrait en effet conclure un nouveau traité d’alliance avec ces derniers sur la base de l’égalité des deux partenaires.

Une telle mutation pourrait se mettre en place progressivement dans l’hypothèse où les Américains en accepteraient le principe. Sinon, il reviendrait aux États européens de l’imposer avec la plus grande détermination. Cette alliance militaire européenne qui, comme l’Otan, respecterait l’intégrité des armées nationales, exigerait cependant que les Européens acceptent de consacrer plus de moyens budgétaires à leur défense : la liberté est à ce prix.

La création d’une alliance militaire européenne n’est pas une utopie, c’est une nécessité qu’il faut rendre possible.

 

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