Texte de la rubrique Prospérité

 

Aujourd’hui, la France et l’Europe se sont donné comme principe de ne plus intervenir sur l’appareil industriel et de s’en remettre passivement aux lois du marché, conformément à l’idéologie ultralibérale. Pendant ce temps, d’autres puissances mènent une guerre économique offensive utilisant avec pragmatisme toutes les armes à leur disposition. Ligne droite estime en conséquence que la France doit se doter d’une stratégie industrielle volontariste et conquérante.

Faire face à la guerre économique mondiale

Actuellement, en effet, l’économie n’est pas seulement le champ du libre jeu de la concurrence, elle est aussi celui d’une guerre sans merci. Ainsi, les grandes puissances comme les États-Unis ou la Chine sont-elles loin de s’en remettre entièrement au laisser-faire laisser-passer. Le gouvernement chinois par exemple n’hésite pas à faire jouer la puissance publique et ne s’appuie sur les principes du libéralisme que s’ils servent les intérêts de son pays. Dans un monde où les grands blocs économiques sont en compétition les uns avec les autres, l’absence de politique industrielle est aussi absurde que le désarmement unilatéral d’une nation pourtant menacée militairement. Le résultat de cette passivité est d’ailleurs accablant : entre 1980 et 2007, l’industrie française a perdu 1,5 million d’emplois net, soit un tiers de ses effectifs, et un millier d’usines ont été fermées entre 2009 et 2013.

L’économie mixte des Trente Glorieuses, un succès industriel

La France avait pourtant, elle aussi, une attitude très offensive avant que l’idéologie ultralibérale n’obscurcisse les esprits et ne fasse perdre le sens de l’intérêt national. Ainsi, lors des Trente Glorieuses, l’État était-il intervenu avec force et efficacité pour donner une impulsion stratégique à certains secteurs industriels et créer des sociétés qui sont devenues des fleurons de notre économie. Pour des raisons militaires et énergétiques, l’État a par exemple été à l’origine du développement spectaculaire de la filière nucléaire. De même, désireux de reconstruire l’industrie aéronautique française après la guerre, il a lancé le programme de la Caravelle avant de fonder, en partenariat avec d’autres pays européens, le groupe Airbus qui a connu les succès que l’on sait. Il en a été de même avec l’industrie ferroviaire et le TGV ou encore avec l’industrie de l’armement.
Dans chacune de ces réalisations, le succès est venu d’une heureuse synergie entre l’État, le secteur privé et le monde de la recherche orchestrée par les grands corps techniques de l’État. Mais, avec la montée de l’ultralibéralisme, les dirigeants français, subjugués par la pensée unique, ont abandonné cette pratique dont notre pays avait pourtant fait une spécificité et un atout.

Une stratégie pour sauvegarder et développer notre patrimoine industriel

Ligne droite estime que la France doit aujourd’hui renouer avec son génie propre et mettre à nouveau en œuvre des stratégies industrielles volontaristes associant l’État au secteur privé et à la recherche. Pareille démarche devrait d’abord permettre d’éviter le démantèlement des industries existantes comme c’est hélas actuellement trop souvent le cas. Comment se fait-il par exemple que, malgré ses performances technologiques, Alstom ait été démembré et vendu à des étrangers ? Pourquoi, alors que les chantiers navals de Saint-Nazaire sont parmi les meilleurs du monde, n’a-t-on pas pu construire sur cette base un groupe français de construction navale ? Une telle impéritie résulte sans doute de contraintes propres à la France comme la rigidité des syndicats et notamment de la CGT qui freine les adaptations nécessaires. Mais elle trouve surtout son origine dans le manque d’anticipation et l’absence de plan stratégique à long terme.

L’État s’est en effet complètement désengagé de toute politique industrielle, se contentant d’intervenir quand il est trop tard pour prendre quelques mesures de circonstance en sauvetage des salariés « laissés sur le carreau ». Du côté des industriels, ce n’est souvent pas mieux. L’obsession du cours de la bourse et de la rentabilité à court terme conduit beaucoup de dirigeants à ignorer le long terme et à régler les problèmes par des ventes d’actifs ou des délocalisations, c’est-à-dire par une perte de potentiel industriel pour la France.
La mise en œuvre d’une stratégie industrielle de long terme permettrait donc de sauver des activités existantes. De même, beaucoup de secteurs nouveaux, comme la robotique, la biotechnologie ou encore les nanotechnologies, pourraient, eux aussi, faire l’objet d’une telle politique ambitieuse et volontariste. Autant de domaines où les scientifiques français excellent mais où rien n’est fait sur le plan industriel qui soit à l’échelle des enjeux. Il conviendrait à cet égard de mieux associer l’innovation au monde de la production et d’investir massivement dans la recherche et les nouvelles technologies, ne serait-ce que pour ne pas se laisser distancer par les pays émergents qui, de leur côté, ont parfaitement compris cette exigence.

Des moyens stratégiques par grands secteurs

Ligne droite préconise en conséquence de créer au sein de chaque grand secteur un comité stratégique réunissant autour des principaux acteurs privés, les représentants du monde scientifique et les services compétents de l’État, les finances, l’économie, la recherche, les affaires étrangères et les services de renseignement. Ces comités auraient à fixer des orientations stratégiques et des objectifs à moyen et long terme mais devraient aussi s’efforcer de mettre sur pied des opérations visant à conquérir de nouveaux marchés à l’étranger, à réaliser des acquisitions ou des fusions servant les intérêts français ou encore à lancer à l’échelle industrielle une innovation prometteuse.
Pour donner à l’État les moyens d’une telle politique, il conviendrait de créer un ou plusieurs fonds souverains fortement dotés en capital et de forger les moyens juridiques qui lui seraient nécessaires pour intervenir. À cet égard, un dispositif relevant du droit des sociétés devrait, par exemple, être imaginé pour s’assurer de l’attachement des grands groupes français à leur pays.

Une offensive industrielle à l’échelle de l’Europe

Cette démarche devrait être conduite en coopération avec l’Europe confédérale que Ligne droite appelle de ses vœux. Il apparaît en effet nécessaire de constituer dans de nombreux secteurs un grand groupe européen capable de faire pièce aux Américains comme aux puissances émergentes. Telle est la politique des Chinois qui ont lancé dans les domaines où ils étaient absents des sociétés destinées à concurrencer les entreprises occidentales, par exemple dans l’industrie du numérique où ils ont mis en place un concurrent de Google et d’Amazon. L’Europe devrait s’engager dans cette voie de façon systématique et le faire avec d’autant plus d’assurance que, lorsqu’elle le décide, elle est parfaitement capable de relever des défis technologiques et industriels de ce type comme le montrent les brillantes réalisations de l’Agence spatiale européenne.

La droite nouvelle doit être porteuse d’un renouveau industriel français et européen. Notre pays comme notre continent possède d’innombrables talents individuels. Il est temps de les mobiliser pour des projets collectifs ambitieux.

Crédit photo : Moerschi via Pixabay cco