Texte de la rubrique Prospérité

 

L’ultralibéralisme international et la dérégulation des échanges commerciaux à l’échelle du monde ont provoqué en France et en Europe une augmentation massive du chômage, une réduction de la croissance et donc un processus d’appauvrissement qui vient contredire les affirmations péremptoires du Système selon lesquelles la mondialisation économique serait bénéfique. Aussi, désireuse de réunir les conditions d’un retour de la prospérité dans notre pays, Ligne droite est-elle favorable à une régulation des échanges commerciaux aux frontières de l’Union européenne, sous la forme d’un nouveau protectionnisme qui rétablirait la loyauté de la concurrence.

Le libre-échangisme international, néfaste pour l’Europe

Force est de constater que l’ultralibéralisme international, tel qu’il s’est imposé au cours des dernières décennies, n’a pas donné les effets mirifiques que les porte-parole du Système ne cessaient de promettre. Selon eux, en effet, la suppression des obstacles aux échanges, parce qu’elle assurait une allocation optimale des ressources à l’échelle mondiale, devait décupler la prospérité des pays émergents comme celle des pays développés. Rien de tel ne s’est produit du côté des pays développés. Et pour cause, cette doctrine ne repose sur aucun fondement sérieux, comme le prix Nobel d’économie Maurice Allais l’a d’ailleurs parfaitement démontré.

Pour ce qui est de la France, on observe par exemple que dans la période 1950 – 1974, le taux de chômage au sens du BIT est resté inférieur à 3 % alors que, de 1974 à 2005, il a augmenté progressivement pour atteindre 12,5 % en 1997 et 10 % en 2005. De même, le taux de croissance qui était en moyenne de 4 % dans la première période est tombé dans la seconde à 1,6 %. Or, le seul facteur qui peut expliquer cette différence est la libération mondialiste des échanges extérieurs imposée par le Gatt et par Bruxelles à partir de 1974.

Un phénomène destructeur voulu par les multinationales

C’est donc bien la dérégulation des échanges qui provoque le chômage et ralentit la croissance. Un processus qui s’est traduit dans notre pays par des délocalisations massives et par la disparition de secteurs entiers de notre industrie, causant la destruction de centaines de milliers d’emplois industriels à partir de 1974. Ce désastre était pourtant prévisible car la dérégulation du commerce international crée une concurrence déloyale entre notre économie et les économies émergentes, où les salaires sont nettement moins élevés que chez nous et où la protection sociale, les règlementations sanitaires ou écologiques n’ont rien de comparable aux nôtres. Un tel déséquilibre ne pouvait dès lors qu’entraîner un transfert de richesses de la France vers les pays émergents.

Devant cette réalité peu conforme à leurs promesses, les tenants du Système ont appelé à la patience. Si, selon eux, la France s’adaptait en renonçant à ses activités à faible valeur ajoutée pour se consacrer à la haute technologie, elle finirait par jouir des bienfaits de la mondialisation. On sait aujourd’hui que rien de tel ne s’est produit car de nombreux pays émergents ont aussi investi ces secteurs de pointe avec des coûts de production inférieurs aux siens. Les effets positifs de la dérégulation ne viendront donc jamais car cette doctrine n’a pas été imaginée pour servir des pays comme ceux du vieux continent. Ceux-ci d’ailleurs n’ont nullement décidé de cette dérégulation, qui, comme l’affirme Maurice Allais, « a été littéralement imposée aux gouvernements américains successifs, puis au monde entier, par les multinationales américaines et à leur suite par les multinationales dans toutes les parties du monde (…) La mondialisation ne profite qu’aux multinationales. Elles en tirent d’énormes profits » (L’Europe en crise, que faire ?, 2005).

Une régulation des échanges internationaux

Aussi Ligne droite estime-t-elle nécessaire de remettre en cause cette doctrine qui pénalise injustement les pays européens et de rétablir une régulation des échanges commerciaux. À cet égard, il paraît indispensable d’interdire purement et simplement les importations de produits ne respectant pas les normes de qualité par ailleurs imposées aux produits équivalents fabriqués en France et en Europe. Il convient aussi de compenser les inégalités de niveau de salaire, l’absence de normes écologiques et la sous-évaluation de la monnaie par des droits de douane rétablissant une concurrence plus équilibrée. Il s’agit ainsi d’établir des écluses douanières  permettant, comme les écluses fluviales, de faire passer les produits entre deux économies de niveau différent sans perturber leurs équilibres. La régulation des échanges économiques ne signifie en effet nullement l’arrêt du commerce, mais simplement le rétablissement d’un minimum de cohérence et d’équité dans les échanges internationaux.

Le protectionnisme, une pratique diabolisée mais bénéfique

L’argument selon lequel l’instauration unilatérale de droits de douane provoquerait en retour des représailles douanières n’est par ailleurs pas convaincant car, si un tel processus se déclenchait à grande échelle, il conduirait à une remise en cause générale du libre-échangisme, ce qui ne correspond nullement à ce que souhaitent les tenants de l’ultralibéralisme international. Il est donc peu probable qu’on en arrive là, d’autant que le protectionnisme est déjà pratiqué de façon plus ou moins ouverte par certains grands pays tels les États-Unis qui veulent créer une taxe de 20% sur les entreprises qui vendent aux États-Unis sans produire sur place. De toute façon, il n’est pas question de s’engager, comme le prétendent les adversaires du protectionnisme, dans une surenchère inconsidérée, mais d’établir des droits de douane selon des critères objectifs qui devraient dans l’idéal être définis par l’OMC. L’exemple sans cesse rebattu du protectionnisme qui serait responsable de la crise des années trente n’a pas de sens, car ce n’est pas la surenchère de mesures protectionnistes déclenchées à l’époque qui est responsable de la Grande Dépression. Celle-ci était d’origine monétaire et le protectionnisme n’a été que l’un des moyens imaginés par les dirigeants d’alors pour tenter de se protéger des conséquences désastreuses de la crise.

La régulation aux frontières de l’Europe, pas de la France

De plus, Ligne droite ne préconise pas d’instaurer cette régulation aux frontières de la France, ce qui n’aurait aucun sens vu l’imbrication actuelle des économies européennes. Elle propose en revanche de la mettre en place aux frontières de l’Union européenne, à une échelle où elle prend tout son sens, en conformité d’ailleurs avec la théorie économique. Car la doctrine du libre-échange peut en effet être avantageuse dans le cadre d’ensembles régionaux économiquement homogènes et politiquement associés, à condition que ceux-ci se protègent vis-à-vis des autres. Aussi, la régulation des échanges économiques doit-elle prendre sa place dans la refondation de l’Union européenne prônée par ailleurs par Ligne droite.

La régulation, un impératif institutionnel nécessaire à l’économie

La régulation des échanges commerciaux aux frontières de l’Union européenne permettrait de mettre un terme aux délocalisations industrielles et ouvrirait la porte à la réindustrialisation du continent. Elle conduirait à la baisse du chômage, au retour d’une croissance plus soutenue et à l’augmentation de la richesse nationale, permettant ainsi d’enrayer le processus d’appauvrissement actuellement en cours. Elle serait conforme à la doctrine économique préconisée par Ligne droite selon laquelle l’économie doit certes reposer sur la liberté des entrepreneurs, mais doit par ailleurs être maîtrisée et régulée par la puissance publique garante du bien commun.
Il faut réguler la mondialisation.

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